N’hésitez pas à venir en famille et avec vos klaxons, le bidule s’y prête bien.
Sinon, le troubadour est sur les routes depuis le 15 mai, cette deuxième tournée à vélo durera jusqu’au 21 juin, elle est déjà fabuleuse, allez donc en humer quelques parfums ici : http://blog.davidsire.com.
Et si vous souhaitez pédaler quelques kilomètres en ma compagnie, vous savez où me trouver : quelque part entre Strasbourg et Ouessant, mais aussi ici : contact@davidsire.com
Il a bien fallu quitter le petit paradis de Clinchamp, se promettant d’y revenir bientôt. Départ aux aurores, le spectacle de ce jour est à 16 H et 60 kilomètres. Avanti ! Escorte nombreuse : Yves Amour mon hôte de la veille, Alain un de ses amis, Aurélie et Fred sur leur tandem. Le dit tandem bifurquera quelques minutes plus tard, avec un peu d’émotion nos chemins se séparent, on a passé trois jours heureux ensemble. Yves et Alain me laissent également un peu plus loin. Me revoilà seul. Pas pour longtemps. A la sortie du Puits-de-Mèzes, allongé sur le talus, philosophant la tête plongé dans les feuillages, m’attend Luc, 83 ans et autant de kilos. J’ai fortement pensé au poète Jacques Réda et son Herbe des talus, mon livre de chevet. Avec son vélo électrique « le Luc », comme on l’appelle ici, va m’accompagner un bon bout de chemin, bientôt on est rejoint par deux autres cyclistes, FX et sa fille, de l’association Chaumont à vélo. Luc nous conduit chez Jacques, Jacques nous offre un délicieux champagne maison, le soleil cogne, la fin d’étape (à nouveau en solitaire) est un peu bouillonnante… Marmesse. Deuxième escale haut-marnaise, toujours par l’entremise de Fred Castel et de Chants de Gouttière. Mimi, mairesse communiste a œuvré avec lui et donc aujourd’hui je chante dans la petite église du village. L’an dernier, le concert sanctifiant fut à Lignières lors du Festival l’Air du Temps. Rebelote religieuse qui n’est pas pour me déplaire. Sur la Poulie Chinoise, je demande aux enfants, aux saints des vitraux et aux statues de se boucher les oreilles. Certains décollent les mains assez vite, devinez qui. Après cette messe de saltimbanque, on va se plonger dans les étangs qui sont ici une trentaine, on ripaille, truculents, autour d’une grande tablée, Mimi lance les assiettes à dessert telles des soucoupes volantes (tradition familiale), je suis un peu éberlué. Après dix jours ininterrompus de bicyclette et de spectacles, demain c’est relâche, alors je relâche aussi.
Après cette incursion vosgienne, direction la Haute-Marne. Nous voilà rattrapés au bout de deux kilomètres par la médecin de Contrexéville qui vient m’offrir une plaque de chocolat pour mes bons, loyaux et poétiques services d’hier soir. Cela nous vaudra une indication d’itinéraire un peu aléatoire et par conséquent : une côte chevronnée à deux chevrons, huit kilomètres de chaos sur un bitume ancestral, mais une magnifique traversée en forêt par la ligne de crête, sans rancune donc. Le tandem est toujours là, je mets à exécution mon plan promotionnel et les voilà recouvert d’affiches « en roue libre », recto verso. Les vaches restent assez stoïques, impénétrables à cette trouvaille marketing. Par contre, arrivée triomphale à Clinchamp : sous les vivats d’une bonne douzaine de joyeux lurons, champagne, interview à la brosse à cheveux par l’une, Bernard Dimey déclamé par l’autre. Cette première escale en Haute-Marne promet. Je mets enfin un visage sur le nom de Frédéric Castel, principal artisan de mon passage ici. Depuis quelques jours, ses deux enfants ont appelé leurs doudou : Bidule. Début d’un grand succès ! Mes hôtes du jour portent le doux nom d’Amour, et le portent bien. Une nouvelle fois, le temps de quelques heures et de dizaines de bras, la salle communale va se métamorphoser en un petit théâtre. Un paysan prêtera des bâches d’ensilage pour pouvoir faire le noir, des bouquets de fleurs des champs surgissent, on monte quelques projecteurs, les cuisines s’activent. Les tandémistes sont d’efficaces assistants, faut dire qu’ils en sont à leur troisième spectacle. Ce soir encore, je raconte mon histoire de Géant et de Clandestin à une petite centaine de paires d’yeux. Et les yeux s’allument. Et je me couche ivre de fatigue et de rencontres.
La bicyclette appelle la bicyclette. Mon premier compagnon de route fut donc Pierre hier. Ce matin, c’est une accorte escorte à quatre jambes qui me porte vers les portes de Contrexéville : un tandem bruxello-parisien est en effet apparu hier soir au concert de La Neuveville devant Bayon. Elle, Aurélie, lui, Fred. Il y a quelques temps, ils avaient goûté aux douces chinoiseries de Drôle de Sire, et les voilà qui profitent de ce pont de l’Ascension pour venir humer le pourquoi du bidule. L’entente est immédiate, discrétion et goût de la route partagés, nous voilà donc parti pour trois bouts d’étape en trio. D’ici à Marmesse, je compte bien les habiller en tandem sandwich avec les affiches de la tournée, je pense qu’on va faire un tabac auprès des vaches. La grisaille du matin se métamorphose de kilomètre en kilomètre, on termine l’étape à grandes tartines de crème solaire. Le tandem à ceci d’étonnant qu’il attire une sympathie immédiate du clampin qui le voit passer. On klaxonne à tout rompre sous les yeux en bille des villageois. Les villages en question forment un chapelet de nom en –court, à toutes les sauces. On a croisé un lapin, un renard, des rapaces et des fourmis. A la MCL de Contrexéville, le Rout’Art est un lieu à part : la scène est un bout de route, la régie dans le capot d’une 2 CV, le bar une camionnette. Installation, préparation, réglages lumières. Encore une brochette d’enfants au spectacle ce soir. Les effets manifestement diurétiques de la Contrex leur font prendre la route des toilettes à tour de rôle. Je m’amuse à un poursuivre un ou deux. Encore une fois, on joue beaucoup, je rassure leurs fourmis dans les jambes en leur indiquant la durée moyenne du spectacle, soit 7 H 32. La porte du petit lieu grinçant à tout va, cela nous vaudra par moments un concert en porte majeure, dixit Jean-Pierre Fournier, le moustachu et bonhomme directeur de la MCL. Après le spectacle on a devisé le temps d’une bière chez Pipo le sicilien. On est bien. Je repense à l’Ours, chanté tous ensemble à la fin du spectacle, cet instant-là m’émeut toujours un peu. A mon allure, le nez dans la Grande Ourse qui me sert de galure.
Ce matin, Pierre, mon hôte de la veille, me guide sur les onze premiers kilomètres. C’est bien agréable de papoter un peu. Mais ce jeudi de l’Ascension ne va pas faire mentir son nom. L’étape est pourtant l’une des plus courte de la tournée (35 kilomètres) -sauf si l’on considère comme étapes les trajets parisiens qui me feront aller des Trois Baudets au Limonaire, du Limonaire au Zic Zinc, du Zic Zinc au Pères Populaires, des Pères Populaires aux Invalides (fête du vélo), des Invalides à l’Européen. Bref, les coteaux du Bayonais ont la côte dure. A Saint-Remimont, nouveau comité d’accueil, cycliste cette fois-ci. Il y a même un petit Barthélémy, quatre ans, sur son vélo à roulettes. L’orage menace, la dizaine que nous sommes pique-niquons à l’abri d’un grand hangar, au milieu d’immense moissonneuses Massey Ferguson, nos bicyclettes paraissent rikiki à côté. Quatre kilomètres pour rejoindre ensuite Laneuveville devant Bayon, escale du jour. En deux heures de temps, le foyer rural se retrouve changé en salle de spectacles, sous les regards curieux et intrigués d’une ribambelle d’enfants.A 16h, je voulais faire géant. Le spectacle de ce jour est dans la droite ligne de celui de Vaucourt, avant-hier, plein d’impulsions. De plein pied, je me fonds délicieusement dans le public, qui me le rend bien. Après lapremière chanson, une petite voix spontanée jaillit : “elle était très belle ta chanson David Sire…” Le genre d’inattendu qui vous laisse sourire bée. J’explique aux enfants qui se tortillent que le spectacle dure 7h32, il n’y a donc pas lieu de s’impatienter. L’issue de ce concert me laisse un peu ému. Trois jours en compagnie de la Lorraine et de Fleur des Chants auront été comme une petite tournée dans la tournée. chez Raphaël Watier, mon hôte du jour, on fête cela à la mirabelle locale, distillée par le maire, un délice de plusieurs dizaines de degré. Heureusement, avant, j’ai englouti au moins 450 grammes de spaghettis bolognaise. Demain Contrexeville.