juin 05
4 juin - Paris-chapelet!
Trois baudets, Limonaire, Pères Populaires. Ce soir Zic zinc. J’égrène mon petit chapelet parisien. Dans la rue, les regards ne sont pas les mêmes qu’à Marmesse, Vaucourt ou Auxon. Ici, un type avec un vélo bariolé et une carriole immatriculée « Ma mulette », on regarde ça d’un œil un peu louche, condescendant parfois, un brin moqueur, rarement amusé ou immédiatement sympathique, sauf Boulevard de Belleville où quelques uns me demandent s’il est possible de faire un tour de carriole. Paris laisse peu de temps et d’espace, ça grouille, ça urge et on se demande pourquoi. Les étapes sont courtes, cette semaine plafonnera à soixante kilomètres en tout et pour tout, et s’il n’y a pas le vent de face, il y a ces yeux parfois contraires, c’est un peu pareil. Et pareil, je persiste, et résiste, allez zou, mouvement contre fermeture. Chaque halte est une oasis. Le Limonaire a encore une fois tenu ses promesses, j’espère qu’un lieu comme celui-là ne cessera pas, qu’on le fera durer, jusqu’à l’horizon. Aux Pères populaires, j’avais un peu peur. Grand lieu, grand bar, tout en longueur, bruissant, bruyant. Sur la scène de fortune, j’ai monté l’attelage, raconté mon histoire, rassemblé quelques uns, tenu bon en entier et jusqu’au bout. Ça faisait longtemps que je n’avais joué dans pareil bistro. Mais la rencontre a eu lieu, et même sacrément. J’ai même été surpris de ce qui est sorti de moi hier soir. Homo adaptabilis. Au pied de la scène, on a ensuite bu et devisé quelques bières avec une joyeuse équipe bien au fait des années Drôle de Sire, ça chantait Fripouille et Poulie Chinoise à tue-tête. Après, j’ai rallié ma bicoque nocturnement, Paris à minuit c’est bien plus doux qu’à la sortie des bureaux. En laissant couler l’avenue de la République, j’ai pensé à la diversité de cette tournée. Salles des fêtes, festivals, foyer rural, église, bar, Européen, vingt projecteurs, pas de projecteurs, nature florissante, ville saturée, symphonie d’oiseaux, symphonie d’autos, solitude, rencontres par centaines, beau temps, mauvais temps, plat, vallonné. Et j’ai pensé que tout ça ressemblait étrangement à la vie.

